Le phénomène des épiceries participatives

Dans le monde de l’économie solidaire, certains projets poussent comme des champignons. Il y a eu par exemple les systèmes d’échanges locaux et les crèches parentales au tournant du siècle, puis les jardins d’insertions et les monnaies locales depuis une dizaine d’années, et plus récemment les tiers-lieux, les énergies citoyennes et … les épiceries participatives. La rapidité de ces essaimages est soutenue par la circulation de l’information au sein de réseaux alternatifs, à l’image de celui des Colibris ou des villes en transition.

En ce qui concerne la réappropriation de la distribution par les consommateurs, le phénomène n’est pas récent, loin de là, puisqu’on peut le dater du début du dix-neuvième siècle avec le mouvement des coopératives de consommateurs qui a connu des fortunes très diverses. Mais pour se rapprocher de notre époque, des consommateurs se sont de nouveau regroupés pour acheter et vendre directement des produits “bio” depuis la fin des années 60. Le réseau Biocoop est un des fruits de cette histoire récente. Qu’y a t-il alors de nouveau dans les projets de supermarchés coopératifs et d’épiceries participatives en plein essor depuis à peine 2 ou 3 ans ?

Je crois que la principale innovation de la plupart de ces projets est le “bénévolat obligatoire”. S’inspirant du fonctionnement d’un supermarché de New-York, ces initiatives en ont repris l’essentiel du modèle, dont une originalité pour l’économie solidaire en France, celle d’un temps minimum de bénévolat obligatoire, de 2 à 4 heures par mois, pour tous les “usagers”. Cette “régulation du don” permet de garantir un niveau de ressources humaines, de tisser des liens de proximité entre les acteurs et avec le projet. Grâce à un article dans le magazine Idées Collaboratives, je viens de découvrir un nouveau réseau appelé Monépi. Il propose de s’appuyer sur un local mis à disposition par une collectivité, ce qui permet de vendre les produits sans marge commerciale. Il se distingue aussi par l’accès gratuit à un logiciel de gestion ad hoc pour les citoyens qui voudraient créer des épiceries dans cet état d’esprit.

Toutes ces initiatives sont porteuses d’espoirs pour réinventer l’épicerie et en faire un espace créateur de liens de qualité et d’initiatives de transition. Je crois que pour se développer sans perdre leur essence donc et leur potentiel de transformation sociale, ces organisations, comme leurs aînées, devront se confronter à au moins deux défis : Comment réussir à concilier la participation, la cohérence et l’efficacité avec un grand nombre d’acteurs ? Comment favoriser les synergies entre des bénévoles et personnes rémunérées ?

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